Le Brésil bannit le foie gras

Les contrevenants à la nouvelle loi, censée entrer en vigueur dans six mois, s’exposent à des peines de prison. Justifiée au nom du bien-être animal, la mesure suscite l’ire des producteurs européens, en particulier en France, principal moteur de cette industrie.

Le président Luiz Inácio Lula da Silva a promulgué, vendredi 24 juillet, une nouvelle loi interdisant, sur l’ensemble du territoire brésilien, la production et la commercialisation de tout produit issu de l’alimentation forcée des animaux.

La mesure vise directement le foie gras, obtenu grâce à une technique appelée gavage, qui consiste à introduire de grandes quantités de nourriture dans l’œsophage des oiseaux à l’aide de tubes, parfois de tiges métalliques, afin de provoquer un engraissement rapide et intensif du foie.

Cette pratique, vieille de plusieurs siècles, est dénoncée depuis des décennies pour la souffrance qu’elle inflige aux animaux. Selon les spécialistes, elle provoquerait de graves lésions de l’œsophage, ainsi qu’un stress thermique intense chez les canards et les oies.

Plus préoccupant encore, cette méthode d’engraissement forcé multiplierait par 25 le taux de mortalité des animaux par rapport à un élevage classique, selon le député Fred Costa, rapporteur du projet de loi, cité par BFMTV.

Des peines d’emprisonnement

Les contrevenants à la nouvelle législation s’exposent à des peines allant de trois mois à un an d’emprisonnement, assorties d’une amende fixée conformément à la loi brésilienne sur les crimes environnementaux.

Avec cette loi, le Brésil devient le deuxième pays au monde, après l’Inde, à interdire à la fois la production et la vente de foie gras issu du gavage. D’autres nations, comme le Royaume-Uni, l’Allemagne et l’Argentine, avaient déjà pris des mesures limitant la production locale de ce produit, sans toutefois en interdire la commercialisation ni l’importation.

Le texte brésilien, lui, a mis plusieurs années à aboutir au Congrès en raison d’un processus législatif chaotique. Il a toutefois été adopté en avril dernier, sans grande résistance, compte tenu de la faible ampleur de cette filière dans le pays.

Le Brésil ne compte en effet que quelques producteurs recourant à la technique du gavage sur l’ensemble de son territoire. Par ailleurs, avec un prix oscillant entre 100 et 150 reais le kilo, le foie gras reste un mets élitiste, consommé principalement par une fraction aisée de la population.

Les Européens fulminent

Reste que le texte inquiète particulièrement l’Europe, où la filière est beaucoup plus développée. À l’image de la France — première productrice mondiale —, où le Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras (Cifog), l’organisation représentant les producteurs, y voit « une première violation » de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, entré en vigueur en mai dernier.

L’UE a pourtant quasiment renoncé à imposer des clauses miroirs sur les produits d’origine animale, à l’exception d’une disposition limitée aux œufs coquilles. Face aux critiques, des alternatives au gavage émergent peu à peu.

Certains producteurs en Espagne exploitent ainsi le comportement naturel des oiseaux aquatiques migrateurs, qui augmentent spontanément leur consommation alimentaire avant la migration afin d’accumuler des réserves énergétiques pour le long voyage. Dans ce système, les animaux sont élevés en liberté et bénéficient d’une alimentation riche en calories, à base de fruits et de graines, sans qu’aucune canule ne soit introduite dans leur œsophage.

Vous faites le buzz !

leo derf

Author

leo derf

Up Next

Related Posts