Le patron de LVMH a choisi le réseau social pour répondre, coup par coup, à l’enquête fleuve que Le Monde lui a consacrée, entre ironie feinte et gêne aux entournures, face aux accusations formulées à son encontre.
« Je n’avais pas eu droit à pareil traitement depuis la reprise de Boussac en 1984. On m’appelait alors “The Terminator”. Je préfère “la dernière famille royale”, c’est plus élégant, et c’est meilleur pour les ventes chez Dior ».
Moins réputé pour son sens de l’humour que pour sa fortune colossale, Bernard Arnault n’en a pas moins fait sourire de nombreux internautes, dimanche 26 juillet, à travers une lettre ouverte signée de sa main et publiée sur X.
Mais si le ton se veut léger et caustique, il traduit aussi à n’en point douter, une certaine irritation de l’homme le plus riche de France, face à ce qu’il perçoit comme une intrusion de la presse dans sa sphère d’influence.
En cause, une série de six enquêtes publiées par Le Monde entre le 19 et le 24 juillet, fruit de six mois de travail mené par une équipe de journalistes mobilisés à plein temps.
Une riposte construite comme un plaidoyer
Les titres donnent le ton : un « prince caché », un homme qui « murmure à l’oreille » des présidents, de Trump à Poutine, et dont la générosité culturelle dissimulerait, selon le journal, une stratégie de défiscalisation.
« Cela mérite un mot, et ce sera merci », écrit le PDG de LVMH, qui feint d’endosser l’idée, avancée par certains commentateurs, selon laquelle il serait devenu « le chef de la dernière famille royale de France », une pirouette destinée à retourner l’accusation en la poussant à l’extrême.
Le dirigeant de 77 ans raconte avoir découvert l’enquête « en lisant Le Monde entre deux tasses de thé » et évoque, non sans autodérision, la réaction amusée de ses enfants sur WhatsApp.
Bernard Arnault reproche au quotidien d’avoir mobilisé autant de moyens pour enquêter sur lui, quand d’autres grandes fortunes françaises échapperaient, selon lui, à un traitement comparable.
La famille et l’héritage, au cœur de la défense
Il revient également sur les accusations liées à son influence politique internationale, rappelant avoir côtoyé cinq présidents américains, plusieurs Premiers ministres britanniques, des chanceliers allemands et un empereur du Japon, sans que cela n’ait, selon lui, suscité un intérêt éditorial équivalent à ses relations avec des dirigeants français.
Le volet de l’enquête consacré à la dynamique familiale des Arnault — ses cinq enfants, son épouse, ses neveux — est présenté par Le Monde comme un espace de rivalités feutrées. Bernard Arnault conteste fermement cette lecture, estimant que ce qui relève, dans une famille ordinaire, d’« un dimanche » devient, sous la plume des journalistes, une « intrigue » digne d’un opéra.
Il revendique au contraire une gouvernance pensée sur le long terme, comparant la transmission d’un savoir-faire — celui d’un maître verrier ou d’un maltier, qui se construit en vingt ans et peut se perdre en trois — à la nécessité de raisonner à l’échelle des générations plutôt que des trimestres.
Il établit enfin un parallèle avec une précédente enquête menée par le même tandem de journalistes sur la famille Wertheimer, propriétaire de Chanel. Contrairement à cette dernière, souligne-t-il, sa famille a accepté d’ouvrir ses portes aux reporters pendant six mois, ce qu’il interprète, non sans ironie, comme une décision qui « sanctionne la transparence » au lieu de la récompenser.

