Le pays d’Asie du Sud-Est a annoncé une révision à la hausse des rémunérations de ses gouvernants. De quoi les hisser à un niveau encore plus élevé parmi les dirigeants les mieux rémunérés au monde.
Il fait bon d’être gouvernant à Singapour. La cité-État, dont les responsables figurent déjà parmi les mieux payés au monde, a décidé d’augmenter la rémunération de tous les membres du gouvernement, à l’issue d’un examen lancé en décembre dernier.
Le salaire annuel de référence du Premier ministre Lawrence Wong passe ainsi de 2,2 millions à 3,6 millions de dollars singapouriens, soit 2,4 millions d’euros. Celui du vice-Premier ministre progresse de 1,87 million à 3,06 millions de dollars singapouriens, soit 2,08 millions d’euros.
Les rémunérations annuelles des ministres varieront entre 1,80 million et 2,88 millions de dollars singapouriens, soit entre 1,22 million et 1,95 million d’euros, selon leur ancienneté et les performances de chacun. Des montants bien supérieurs à ceux que peuvent percevoir les dirigeants ailleurs.
Un levier d’attractivité face à la concurrence du privé
À commencer par Hong Kong, où le chef du gouvernement – deuxième dirigeant le mieux payé au monde – ne touche « que » 700 000 dollars par an, selon Europe 1. Aux États-Unis, Donald Trump émarge à 400 000 dollars annuels.
Le cadre, révisé pour la première fois depuis 15 ans, entrera en vigueur le 15 octobre. Cette initiative, fondée sur le principe de transparence, constitue, selon le chef du gouvernement, un moyen pour l’État de demeurer compétitif, notamment face au secteur privé, où les rémunérations ont progressé depuis.
« Il s’agit, en définitive, de savoir si Singapour continuera de disposer de la qualité de leadership politique nécessaire pour faire progresser le pays et bien servir les Singapouriens dans les années à venir », a plaidé Lawrence Wong devant les parlementaires.
Il défend une approche salariale sans avantages ni privilèges cachés pour le personnel politique. « Ils [les salaires] doivent être suffisamment compétitifs pour nous permettre de recruter des personnes du calibre nécessaire, tout en intégrant une réduction substantielle reflétant l’éthique du service public », a-t-il affirmé.
Une démarche qui tranche avec d’autres pays
À l’heure où la question de la rémunération des dirigeants fait office de tabou dans de nombreuses contrées, notamment en Afrique, la démarche singapourienne apparaît on ne peut plus salutaire.
D’autant qu’elle semble porter ses fruits. Le pays se classe en effet troisième parmi les nations les moins corrompues de la planète, d’après le plus récent indice de Transparency International, relayé par Europe 1.
Wong reste cependant conscient de la frustration que cette question est susceptible de susciter au sein d’une population dont le salaire médian s’élève à 5 775 dollars singapouriens, soit 3 925 euros.
« Les montants concernés sont supérieurs à ce que gagnent la plupart des citoyens. Je comprends donc pourquoi les Singapouriens les examinent de près et pourquoi beaucoup ont des opinions fortes à ce sujet », a affirmé le chef de file du Parti d’action populaire, qui a par ailleurs annoncé son intention de reverser son augmentation à une œuvre caritative pendant toute la durée de son mandat.

