France : la présidentielle de toutes les convoitises

À moins d’un an du scrutin, le pays n’a jamais connu un tel embouteillage de candidatures. Entre une gauche incapable de s’unir, un centre-droit en guerre fratricide et une extrême droite bien positionnée dans les sondages, la prochaine présidentielle pourrait se révéler être la plus imprévisible de la Ve République.

La scène politique française entre dans une séquence inédite. À dix mois du premier tour de la présidentielle de 2027, le service politique d’Ouest‑France dit avoir recensé près de quarante personnalités — candidates déclarées ou fortement pressenties — nourrissant des ambitions pour l’Élysée.

Depuis 1974, le premier tour a rassemblé entre neuf et douze candidats en moyenne. Le record absolu remonte à 2002, avec seize prétendants en lice. La frénésie est telle que l’ancien ministre de l’économie Éric Lombard estimait il y a quelques jours que l’on « a raté sa vie si on n’est pas candidat à la présidentielle », d’après des propos rapportés par Le Monde.

« Il semble ne plus y avoir aucun filtre ou inhibition à l’expression des ambitions personnelles », observe pour sa part Rémi Lefebvre, professeur de science politique à l’université de Lille, dans une tribune publiée le 12 mai dans le Nouvel Obs.

Le spectre des fragmentations

« Estce bien raisonnable ? », s’interroge‑t‑il, dénonçant « l’ère des petits entrepreneurs politiques ». Le danger de cette inflation de candidatures, pour les états‑majors, réside dans la dispersion des voix, notamment au sein des partis structurés.

Parmi les prétendants, on retrouve ainsi à gauche Nathalie Arthaud pour Lutte ouvrière, Jean‑Luc Mélenchon pour La France insoumise (LFI), Fabien Roussel pour le Parti communiste, mais aussi des figures de la gauche plus classique comme François Ruffin, Clémentine Autain, Benjamin Lucas ou Marine Tondelier.

Raphaël Glucksmann, François Hollande et Bernard Cazeneuve sont également en embuscade. Au centre, Gabriel Attal et Édouard Philippe se livrent un duel qui s’annonce serré jusqu’au dernier moment, malgré des tentatives de rapprochement.

En dehors de LFI, où Jean‑Luc Mélenchon s’impose, seul le Rassemblement national, derrière Marine Le Pen, semble pour l’instant relativement épargné par le « virus » de la division.

Le parrainage et les primaires comme couperets ?

La situation n’est toutefois pas sans issue. Avant même les dynamiques de campagne, un premier filtre institutionnel — le parrainage — devrait mécaniquement réduire cette liste pléthorique.

Pour accéder au premier tour, tout prétendant doit en effet recueillir la signature de 500 élus — maires, députés, sénateurs — répartis dans au moins trente départements. Un obstacle redoutable pour celles et ceux qui ne disposent ni d’un parti organisé ni d’un réseau d’élus locaux.

En 2022, au moins treize projets de candidature ont échoué faute de parrainages suffisants. Pour 2027, la tâche s’annonce plus rude encore, nombre de maires élus en mars l’ayant été sans étiquette partisane et refusant probablement de s’afficher derrière un camp.

S’ajoutent à cela les primaires, même si ce mécanisme de rationalisation du nombre de prétendants paraît aujourd’hui dans l’impasse, tant à gauche qu’à droite.

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