Alors qu’une nouvelle enquête affirme avoir identifié son créateur — une thèse que l’intéressé conteste — la perspective, de plus en plus crédible, de voir un ordinateur quantique parvenir à briser les mécanismes cryptographiques de cette devise numérique rend cette recherche plus pressante que jamais.
Adam Back serait-il Satoshi Nakamoto, l’énigmatique créateur du Bitcoin ? Sans pouvoir l’affirmer avec certitude, John Carreyrou penche nettement en faveur de cette hypothèse.
Le journaliste du New York Times, connu pour avoir révélé le scandale Theranos, explique dans une enquête approfondie publiée le 8 avril avoir remonté la trace de cette figure insaisissable, jusqu’à ce cryptographe britannique de 55 ans.
Selon le lauréat du prix Pulitzer, déjà évoqué parmi les suspects dans le documentaire de HBO Money Electric: The Bitcoin Mystery diffusé en 2024, Adam Back aurait laissé filtrer plusieurs signes troublants — regard fuyant, rire nerveux, gestes hésitants — lorsqu’il fut interrogé.
« Ayant rencontré ma part de menteurs et développé une certaine maîtrise de leurs indices, l’attitude de M. Back m’a paru louche », écrit Carreyrou.
Un faisceau d’indices techniques
Intrigué, le journaliste s’est plongé dans la masse de documents attribués à Nakamoto, notamment le livre blanc fondateur de neuf pages publié en 2008 ainsi que ses échanges sur le forum BitcoinTalk.
À cela s’ajoutent des centaines de courriels entre Craig Wright — imposteur autoproclamé Satoshi — et Martti Malmi, développeur finlandais ayant collaboré avec le véritable créateur aux débuts du projet.
De cette analyse émergent plus d’une centaine de termes et expressions récurrents, caractéristiques du style de Nakamoto. « Abandonware », « hand-tuned », « burning the money », « on principle », « a menace to the network »… Un registre mêlant anglais soutenu et des tournures britanniques, compatible avec le profil d’Adam Back.
D’autres éléments sont venus renforcer les soupçons, notamment leur appartenance commune aux Cypherpunks — mouvement des années 1990 prônant une monnaie numérique anonyme — ainsi que le Hashcash, un système de preuve de travail conçu par Back et explicitement cité par Nakamoto dans son livre blanc comme base du minage.
Un mystère qui pourrait coûter cher à Bitcoin
« Je ne sais pas non plus qui est Satoshi, et je pense que c’est une bonne chose pour le Bitcoin que personne ne le sache, car cela permet au Bitcoin d’être perçu comme une marchandise numérique mathématiquement rare », a toutefois réagi Adam Back sur X après la publication de l’enquête.
Longtemps interprétée comme une stratégie d’effacement volontaire, cette disparition du créateur de la plus célèbre des monnaies numériques prend aujourd’hui une dimension plus préoccupante, à mesure que l’informatique quantique quitte le domaine de la théorie pour devenir une perspective concrète.
Google et Cloudflare ont notamment avancé l’échéance de leur transition vers des standards post-quantiques à 2029. En théorie, les détenteurs de bitcoins peuvent sécuriser leurs actifs via de nouveaux protocoles résistants à ces technologies.
Mais les portefeuilles inactifs attribués à Nakamoto, eux, resteraient vulnérables. De quoi en faire un pactole potentiellement accessible à quiconque disposerait d’une puissance de calcul suffisante pour en briser la protection cryptographique.

