Le conflit débuté fin février a déjà coûté six milliards d’euros à la France, d’après le ministère des Finances. Cette facture pourrait encore s’alourdir prochainement sous l’effet de chocs différés sur la croissance, des taux d’intérêt et des prix de l’énergie, préviennent plusieurs experts.
Six milliards d’euros. C’est le chiffre avancé par Roland Lescure, ministre de l’Économie, pour mesurer l’impact de la guerre en Iran sur les finances publiques françaises, soit le coût direct et immédiat supporté par l’État depuis le déclenchement du conflit, le 28 février.
À l’origine de cette enveloppe figure tout un éventail de dépenses, dont celles liées au déploiement d’avions Rafale et du porte‑avions Charles‑de‑Gaulle, évaluées à un milliard d’euros.
Environ 1,4 milliard servent à compenser les surcoûts d’énergie et d’inflation sur diverses charges publiques, tandis que le solde, soit 3,6 milliards, correspond à la hausse de la charge de la dette, conséquence de la remontée des taux alimentée par la flambée des prix du pétrole.
Un coût très probablement sous-estimé
« On était aux alentours de 3,2 %, fin février, au début de la guerre. Le taux monte ensuite jusqu’à 3,90 %. C’est le niveau le plus élevé depuis 2009. Puis, une détente s’opère avec le reflux progressif des cours du pétrole et l’ouverture des négociations en Iran« , souligne Alexandre Baradez, responsable des analyses de marché pour le courtier IG, cité par Franceinfo.
Ce chiffrage repose toutefois sur un scénario pétrolier jugé relativement favorable. Comme le relèvent les experts d’Ecorama sur Boursorama le 24 avril, Bercy travaille avec l’hypothèse d’un retour progressif du baril vers des niveaux plus modérés.
Le ministère n’exclut cependant pas un scénario nettement plus sombre, avec un baril à 150 dollars pendant trois mois avant un reflux vers 100 dollars d’ici la fin de l’année. Ce qui ferait quasiment tomber à zéro la croissance française et renchérirait d’autant la facture budgétaire.
Des effets attendus sur plusieurs années
Cette estimation de 6 milliards apparaît donc prudente et loin d’être définitive. D’autant que retraites et minima sociaux sont indexés sur l’inflation avec un an de décalage. C’est dire que même si les prix de l’énergie se calmaient rapidement, l’indexation des prestations en 2027 viendrait prolonger l’impact du choc de 2026 sur les comptes publics.
Certains économistes relativisent toutefois en rappelant que la dette se juge en proportion du PIB, et qu’une inflation plus élevée gonfle mécaniquement ce dernier. Cela peut alléger temporairement le ratio d’endettement comme en 2022, lorsque le poids relatif de la dette avait légèrement reculé malgré les dépenses.
Reste que, même avant les troubles au Moyen-Orient, la France dépassait déjà les plafonds budgétaires européens, d’après le Haut Conseil des finances publiques. L’exécutif est ainsi accusé par une partie de l’opposition d’utiliser désormais la guerre comme prétexte pour justifier des coupes qu’il aurait, de toute façon, dû engager.

