La Cour constitutionnelle sud-africaine a invalidé le vote parlementaire qui avait empêché l’ouverture d’une procédure de destitution contre le chef de l’État dans cette affaire impliquant la découverte de quatre millions de dollars dissimulés dans un canapé à la résidence présidentielle.
Quatre ans après son enterrement par le Parlement sud‑africain, le dossier de la destitution de Cyril Ramaphosa refait surface par la grande porte. Dans une décision rendue vendredi 8 mai 2026, la Cour constitutionnelle a jugé inconstitutionnel le vote par lequel les députés avaient rejeté le rapport d’un panel d’enquête indépendant sur l’affaire dite de « Farmgate ».
Les faits remontent à 2020, lorsque des intrus dérobent plusieurs centaines de milliers de dollars en liquide dissimulés dans la propriété privée du président à Phala Phala, dans la province du Limpopo. Mais l’affaire n’éclate vraiment qu’en 2022, lorsque l’ancien patron des services de renseignement Arthur Fraser révèle le scandale au grand jour.
Ce dernier dépose alors plainte, accusant Ramaphosa d’avoir tenté d’étouffer le vol, qui porterait selon lui sur quelque 4 millions de dollars en devises étrangères.
Une possible faute présidentielle
Depuis, les questions embarrassantes se sont multipliées pour le chef de l’État : d’où provenait cette somme colossale en espèces ? A‑t‑elle été déclarée au fisc et à la banque centrale ? Et pourquoi était‑elle cachée dans un meuble plutôt que déposée sur un compte, comme l’exige la réglementation sur les changes ?
Cyril Ramaphosa affirme que l’argent provenait de la vente de buffles de son ranch à un homme d’affaires soudanais, Hazim Mustafa, et que le montant volé ne s’élèverait « qu’à » 580 000 dollars. Une version qui peine à convaincre l’opposition, vent debout, d’autant qu’un panel indépendant avait conclu fin 2022 à l’existence d’éléments préliminaires suggérant une possible violation grave de la Constitution et de la loi par le président.
Mais à l’époque, alors que le scandale menaçait déjà sa survie politique, l’ANC avait mis à profit sa majorité pour bloquer la création d’un comité d’impeachment, enterrant de facto le rapport.
Une procédure déjà jouée d’avance ?
Un geste qui, selon la Cour constitutionnelle, saisie par les Economic Freedom Fighters (EFF) et l’African Transformation Movement (ATM), violait les principes de séparation des pouvoirs et de reddition de comptes.
Les juges ordonnent désormais que le rapport du panel soit transmis à un comité de destitution, chargé d’auditionner témoins et experts et de dire si les faits justifient l’ouverture formelle d’une procédure.
Malgré cette victoire judiciaire pour l’opposition, le chemin reste long avant une éventuelle déchéance. Selon des analystes cités par Reuters, Ramaphosa devrait encore être en mesure de survivre à un vote à l’Assemblée nationale si la procédure devait aller jusque‑là.
L’ANC, bien que fragilisé par les dernières élections et désormais engagé dans des coalitions, conserve une influence déterminante au Parlement, et le président bénéficie toujours du soutien d’une part significative de son camp.

