Les autorités se disent contraintes d’abattre la colonie d’hippopotames descendante de ceux que le tristement célèbre baron de la drogue avait introduits dans le pays il y a plus de quarante ans. Au grand dam des associations de défense de la cause animalière.
Plus de trente ans après sa mort, Pablo Escobar continue de poser problème à la Colombie, mais d’une manière insoupçonnée. Ce sont désormais les hippopotames qu’il possédait autrefois qui représentent un véritable casse-tête pour les autorités. À tel point que le gouvernement a décidé de procéder à leur euthanasie.
Pour saisir les contours de cette affaire pour le moins improbable, il faut remonter aux années 1980, à l’époque où Escobar régnait au sommet de son empire criminel.
Entre 1982 et 1984, le baron de la drogue fit venir dans son somptueux zoo du ranch de l’Hacienda Nápoles — une propriété gigantesque nichée dans la vallée du Magdalena Medio, à une centaine de kilomètres au sud-est de Medellín — quatre hippopotames : un mâle et trois femelles, importés depuis la Californie.
Depuis, l’espèce s’est rapidement reproduite. D’après le quotidien El País, la population actuelle oscillerait entre 160 et 200 individus, faisant de la Colombie le seul pays au monde, hors d’Afrique, à abriter une population sauvage de ces mammifères semi-aquatiques.
Des solutions dans l’impasse
Cette expansion incontrôlée est désormais une source de préoccupation pour les pouvoirs publics. Les animaux envahissent fréquemment les champs des habitants, ravageant les cultures et posant un risque réel pour la sécurité des riverains.
« Si nous ne faisons rien, nous ne pourrons pas maîtriser leur prolifération. Nous devons agir pour préserver nos écosystèmes », a expliqué la ministre de l’Environnement, Irene Vélez, lundi 13 avril, en défendant le projet d’abattre 80 spécimens.
Cette décision est née d’une série d’échecs. Cela fait en effet près de vingt ans que les autorités tentent de limiter l’expansion du groupe à travers des plans de stérilisation, des transferts vers des zoos… Autant de mesures coûteuses restées inefficaces.
Les scientifiques, eux, tirent la sonnette d’alarme : faute d’intervention, la population pourrait atteindre près de 1 000 individus d’ici 2035.
Un tollé chez les défenseurs des animaux
L’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) avait par ailleurs, dans une lettre publiée en mars 2021, exhorté Bogotá à mettre en place un programme de confinement drastique incluant l’élimination d’un grand nombre d’animaux.
Le plan gouvernemental, doté d’un budget de 7,2 milliards de pesos colombiens — soit environ 1,7 million d’euros — prévoit un coût unitaire pouvant grimper à 14 000 dollars par euthanasie, incluant la sédation, la capture et l’enfouissement sur site.
L’annonce du gouvernement Petro a immédiatement déclenché une vague d’indignation. La sénatrice Andrea Padilla, figure majeure du bien-être animal, a dénoncé une mesure « injustifiée » contre des animaux en bonne santé.
Pour elle, comme pour plusieurs organisations de défense des animaux, abattre ces hippopotames dans un pays marqué par des décennies de violences internes serait un signal profondément néfaste sur le plan moral.

