Les dirigeants d’entreprises actives en Ukraine devraient renforcer leur sécurité face à une menace russe de plus en plus prégnante, selon une récente note confidentielle du contre-espionnage français.
Finie la publication de photos en ligne, finies les différentes routines, comme le sport ou les passages à heure fixe par un endroit donné. Il faut rester imprévisible.
Telles sont quelques-unes des recommandations récemment adressées par la Direction du renseignement et de la sécurité de la défense (DRSD) aux chefs d’entreprises françaises en activité en Ukraine, selon des informations du magazine L’Express.
Pour ces dirigeants dont les groupes sont actifs à Kiev dans le domaine de l’armement, une prudence accrue est requise. Car leurs activités – quand bien même ce ne serait que du business – ne seraient pas très bien vues par la Russie.
En témoignent plusieurs affaires récentes. Les services de renseignement polonais ont ainsi arrêté, en août dernier, un ressortissant russe à Varsovie, soupçonné d’avoir été recruté dans le but d’assassiner un entrepreneur ukraino-américain basé dans le pays.
Des agissements attribués à Moscou
« C’est la première fois que quelqu’un, sur ordre de la Russie, décide de s’attaquer à un citoyen américain sur le territoire d’un autre pays de l’OTAN », s’était alors étonné le Premier ministre de Pologne, Donald Tusk.
En Allemagne, relève L’Express, Armin Papperger, PDG du géant de l’armement Rheinmetall, a échappé à une tentative d’assassinat attribuée à la Russie en 2024. Depuis, il est aussi protégé que le chancelier Merz, d’après Xavier Tytelman, expert en aéronautique et défense, interrogé par le magazine.
Il en est de même pour son homologue Stephan Thumann, à la tête de Donaustahl, fabricant de drones basé en Bavière, qui a fait l’objet d’une tentative d’empoisonnement au Novitchok – poison extrêmement toxique développé en Union soviétique – il y a quelques mois.
« Je vis littéralement sous terre. Je change constamment de lieu de résidence, je bénéficie d’une protection rapprochée 24 heures sur 24. Ma vie privée a cessé d’exister », confiait ce dernier à la télévision allemande. Pour les patrons français concernés, la consigne principale est donc de vivre pratiquement en mode paranoïa.
Des réflexes d’agent secret encouragés
Il s’agit de recourir à des gardes du corps, de vérifier systématiquement la présence d’un traceur sous sa voiture et de changer régulièrement – tous les 15 jours environ – de téléphone ainsi que de carte bancaire.
« Les services de renseignement russes, le GRU, le SVR, sont capables de pirater les systèmes de cartes bancaires pour vérifier vos réservations », explique Vincent Crouzet, ancien agent du renseignement français, interrogé sur LCI.
Il souligne que « c’est extrêmement dur de s’en prémunir », d’autant que le menace ne concerne plus seulement les grands patrons comme ceux de Thales, de Safran ou de Dassault.
« Les sociétés françaises engagées en Ukraine, d’autant plus celles qui sont d’une grande efficacité sur le terrain, sont une cible privilégiée », appuie encore Xavier Tytelman.

