Le président américain s’en est, une nouvelle fois, pris à son homologue français en des termes peu communs à ce niveau de responsabilité. Ces piques répétées révèlent, d’après les observateurs, à la fois la frustration d’un homme piégé par ses propres contradictions et une méthode politique singulière, mais parfaitement assumée.
« J’ai appelé la France, Macron, que sa femme traite extrêmement mal. Il se remet encore du coup de poing qu’il a pris à la mâchoire« . C’est en ces termes que le président américain Donald Trump a évoqué, jeudi 2 avril depuis la Maison Blanche, son homologue français.
Une allusion à une séquence remontant à mai 2025, lors de l’arrivée du couple présidentiel français au Vietnam, où l’on croit voir Brigitte Macron repousser le visage de son mari. L’Élysée avait vite démenti cette interprétation, le président assurant qu’il s’agissait d’une simple plaisanterie entre époux, « comme nous en faisons souvent ».
Avec Trump dans les parages, il ne pouvait en être autrement. L’épisode a ainsi été repris à son compte, dans un registre visant à humilier, sur fond de tensions persistantes entre Paris et Washington.
Frustrations autour du dossier iranien
Les États-Unis réclament une intervention rapide de l’OTAN aux côtés des troupes américaines et israéliennes pour forcer le passage dans le détroit d’Ormuz. Mais la France, comme le Royaume-Uni, s’y oppose, invoquant l’absence de concertation avant le déclenchement des opérations. Les deux capitales refusent d’être entraînées dans un conflit qui n’est pas le leur.
Trump a d’ailleurs raconté publiquement sa discussion avec Macron sur ce sujet : « Emmanuel, j’aimerais un peu d’aide dans le Golfe, lui aurait-il dit. Tu pourrais envoyer des navires tout de suite ? » Réponse attribuée au président français : « Non, non, Donald, ce n’est pas possible. On verra une fois la guerre gagnée. »
Réplique cinglante de Trump : « Je n’ai pas besoin d’aide une fois la guerre gagnée, Emmanuel. » Cette reconstitution publique d’un échange diplomatique confidentiel, assortie de moqueries sur l’accent et la vie privée du chef de l’État français, constitue une rupture des usages entre alliés.
Un dirigeant prisonnier de sa propre rhétorique
L’épisode s’inscrit toutefois dans la continuité d’un chef d’État qui a fait de la provocation un instrument politique. Trump s’était déjà illustré en se moquant des lunettes de Macron à Davos, en caricaturant son accent ou en relatant des conversations que l’Élysée nie formellement.
Il s’est aussi adressé à Mohammed Ben Salmane dans une formule d’une grossièreté rare, lui signifiant qu’il devrait lui lécher les bottes, en des termes autrement plus crus. Un registre vulgaire qui frappe aussi bien ses adversaires que ses alliés les plus proches.
Pour Mélissa Bell, correspondante de CNN à Paris, ces sorties doivent être lues à deux niveaux distincts : celui du tempérament d’un homme qui a toujours cultivé la provocation comme signature, et celui d’une frustration politique croissante qui cherche des exutoires.
« Ce qu’on voit, c’est sa frustration à lui. Il paye le prix de l’unilatéralisme dont il se vante depuis le début », analyse la journaliste sur RTL.

