Les débuts difficiles du bitcoin au Salvador

L’entrée en vigueur de la cryptomonnaie comme monnaie légale dans le pays s’est accompagnée mardi 7 septembre de dysfonctionnements inhérents à ce type de devise. De quoi donner raison aux Cassandres sur le pari du président Nayib Bukele.

Il rêvait sans doute d’une entrée en matière beaucoup moins problématique. Mais le quadragénaire chef de l’État salvadorien a dû souffler le chaud et le froid mardi 7 septembre, seulement quelques heures après l’officialisation du bitcoin comme monnaie légale dans le pays d’Amérique centrale. Et pour cause, cette annonce, le premier du genre au monde de la part d’un État, a été suivie d’une série de couacs, provoquant la colère des populations.

Alors que des entreprises installées sur place, à l’instar de McDonald’s, commençaient à accepter des paiements en bitcoin, Chivo, le portefeuille numérique dédié à la cryptomonnaie a bugué, obligeant les autorités à déconnecter le serveur pendant un temps. Au même moment, un millier de manifestants salvadoriens étaient dans les rues de San Salvador, la capitale, pour s’opposer entre autres à la légalisation du bitcoin dans le pays.

Illustration de l’aversion d’une grande partie de l’opinion envers la plus célèbre des devises virtuelles. La cryptodevise ayant désormais cours légal au Salvador au même titre que le dollar américain, n’offre pas suffisamment de garanties selon les populations, à cause de sa volatilité.

Scepticisme des institutions internationales

Même tendance à l’étranger où les institutions internationales ne cachent pas leur agacement quant à la décision du Salvador. Le FMI et la Banque mondiale, partenaires financiers de longue date du pays, ont notamment insisté sur les risques que le bitcoin suspecté à l’instar des autres cryptodevises de servir des opérations illégales pourrait faire peser sur l’économie déjà bien fragile du pays.

Mais tout cela n’émeut guère Nayib Bukele réputé pour ses dérives autoritaires. Le président résolument moderne s’est définitivement fait son avis sur les cryptomonnaies et il n’entend pas faire machine arrière. L’homme de 40 ans est en effet convaincu que le bitcoin va contribuer à faciliter les transferts de fonds de la diaspora qui représentent environ 20% du PIB du pays. Il table également sur la capacité de la devise numérique à faire accélérer l’inclusion bancaire de sa population à majorité active dans l’économie informelle.

Pour ce faire, 21 millions de dollars ont été acquis en bitcoins. L’objectif est de stimuler à travers cet investissement l’adoption de la nouvelle monnaie par les citoyens qui en recevront 30 dollars par tête.

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Rokhya Chidid

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