Le magnat breton devra répondre devant la justice française pour avoir financé des campagnes présidentielles au Togo et en Guinée en contrepartie de concessions portuaires particulièrement avantageuses.
Pour Vincent Bolloré, échec et mat ? Le milliardaire français, à la tête du conglomérat industriel éponyme, comparaîtra du 7 au 17 décembre prochain devant le tribunal correctionnel de Paris pour des faits présumés de corruption d’agents publics étrangers et de complicité d’abus de confiance, selon Le Monde.
La décision rendue le 19 mars par les juges d’instruction vise également Gilles Alix, ancien directeur général du groupe Bolloré, et Jean-Philippe Dorent, ex-responsable international de l’agence Euro RSCG (devenue Havas). Le premier est poursuivi pour corruption d’agent public étranger et abus de confiance, le second pour complicité d’abus de confiance.
De Lomé à Conakry, un même mode opératoire
L’affaire trouve son origine dans l’implication du groupe en Afrique de l’Ouest, notamment au Togo et en Guinée. En 2010, en pleine campagne présidentielle togolaise, Euro RSCG aurait fourni au candidat Faure Gnassingbé des prestations de communication largement sous-évaluées.
Cette sous-facturation aurait facilité l’octroi d’importants avantages à Africa Logistics, la filiale africaine du groupe Bolloré, notamment l’extension de la concession du port de Lomé, des allégements fiscaux conséquents et le financement de la construction d’un troisième quai dans ce port stratégique.
La même logique aurait présidé aux opérations d’Euro RSCG en Guinée, toujours en 2010, dans le cadre de la campagne électorale pour la réélection d’Alpha Condé. Peu après la victoire de ce dernier, le groupe Bolloré aurait obtenu une concession importante pour l’exploitation du port de Conakry, principale infrastructure maritime du pays.
Un échappatoire désormais fermé
« Il ressort de la première déclaration (…) de Gilles Alix que lui-même et Vincent Bolloré ont décidé ensemble la prise en charge de frais de campagne des deux candidats. Vincent Bolloré savait que les prestations seraient effectuées par Euro RSCG, coordonnées par Jean-Philippe Dorent et réglées par une entité du groupe Bolloré », soulignent les juges d’instruction dans leur ordonnance de renvoi citée par Le Monde.
D’après une source judiciaire citée par France 24, Vincent Bolloré encourt jusqu’à dix ans de prison et 375 000 euros d’amende. Une telle issue serait un drôle de coup du destin pour l’industriel, qui, dès 2021, avait tenté de mettre un terme aux poursuites via une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité.
Le groupe avait alors accepté de verser 12 millions d’euros dans le cadre de cet accord. Mais les magistrats ont refusé d’avaliser cet accord, qui n’est rien d’autre qu’une stratégie visant à clore rapidement une affaire embarrassante, avant qu’elle ne prenne une dimension judiciaire et médiatique encore plus importante.

