La maison-mère de Google parie sur le marché obligataire pour financer ses ambitions technologiques, dans le cadre d’une course aux armements de l’intelligence artificielle qui s’est littéralement emparée de la Silicon Valley.
Vingt milliards de dollars en une seule journée.C’est la somme monumentale qu’Alphabet, la maison mère de Google, a levée le lundi 9 février 2026 sur le marché obligataire américain, surpassant largement les 15 milliards initialement envisagés.
Symbole de la confiance des investisseurs : plus de 100 milliards de dollars d’ordres ont afflué, constituant l’un des carnets les plus fournis jamais observés, selon Bloomberg.
L’opération se décline en sept tranches distinctes, portant sur des obligations dites senior unsecured debt — de la dette senior non garantie — adossées uniquement à la solidité financière du groupe.
Ce qui retient particulièrement l’attention des analystes, c’est la durée exceptionnelle de certaines de ces obligations : leurs maturités s’échelonnent de 2029 à 2065, soit jusqu’à quarante ans pour les plus longues. Une échéance presque inédite dans le secteur technologique, où la rapidité des cycles d’innovation incite généralement les entreprises à éviter de tels engagements à long terme.
Les géants de la tech ouvrent grand les vannes
Cette transaction hors norme n’est pourtant que le dernier épisode d’une véritable ruée de la Silicon Valley sur le financement obligataire. La semaine dernière, Oracle Corp. avait déjà mobilisé 25 milliards de dollars, attirant un record de 129 milliards de dollars d’ordres à son apogée, d’après Bloomberg.
Meta et Amazon ont également fait savoir qu’ils envisageaient des opérations similaires. À l’origine de cette frénésie : les ambitions colossales des géants du numérique dans l’intelligence artificielle.
Entre le développement des modèles de langage (LLM) et la construction des centres de données nécessaires à leur fonctionnement, la demande de capital explose. Rien que pour 2026, les dépenses d’investissement des quatre plus grandes entreprises technologiques américaines devraient avoisiner 650 milliards de dollars, selon des projections rapportées par Bloomberg.
À l’échelle du secteur, les investissements cumulés dans l’IA, le cloud et les infrastructures de données pourraient atteindre près de 3 000 milliards de dollars d’ici 2029, d’après les estimations de Bloomberg Intelligence.
Le spectre des bulles passées refait surface
« Nous ne sommes clairement pas dans un cycle d’investissement ordinaire. Après avoir longtemps été des épargnants nets, ces entreprises puisent désormais profondément dans les sources de financement pour s’assurer les moyens de rester compétitives », analyse Andrew Dassori, directeur des investissements chez Wavelength Capital Management LLC, cité par Bloomberg.
Pour de nombreux experts, cette dynamique traduit un changement d’échelle. L’intelligence artificielle n’est plus considérée comme un projet expérimental, mais comme une infrastructure stratégique de long terme, comparable autrefois aux chemins de fer, aux réseaux électriques ou à Internet.
Des signaux d’inquiétude émergent toutefois, souligne Bloomberg. Certains stratèges du crédit, parmi lesquels Vishwas Patkar (Morgan Stanley) et Nathaniel Rosenbaum (JPMorgan Chase), anticipent que cette vague massive d’émissions pourrait alourdir le coût de financement.
« Nous voyons un scénario semblable à ceux de 1997-1998 ou 2005 : le crédit se dégrade, sans pour autant marquer la fin du cycle », écrit Patkar, évoquant des périodes où les défauts augmentent et les conditions d’emprunt se durcissent.

